Sans plus aucune hésitation, je sors ma plume, taille mon crayon. De là ou je suis, dans cette chambre d'hotel miteuse, payée avec ce que j'avait glané sur la route, ce qu'il m'avait été donné en échange de divers travaux, aprés avoir lavé les carreaux, par exemple. Etalé sur mon lit, mon regard fixe ce plafond jauni, presque uni, si on ommet l'auréole suspecte qui vient le ternir en son centre. Cette tache disproportionée, concentrique, repetitive, qui vient troubler le calme que procure la vision de cet étendue à la couleur passée. Un peu psychedélique. Et pourtant, bien que sa contemplation aurait pu durer encore un peu plus longtemps, je me lève. Je traverse les quelques mètres qui séparent le lit de la fenetre pour aller m'acouder à son rebord. Au dehors, le jour fait place au crepuscule. Les nuages surplombant cette gare de marchandises presque désaffectée sont teintés d'un rouge orangé, qui tranche nettement avec la couleur bleu pastel qu'affiche le ciel. Le bruit d'un dernier convoi avant la nuit, je vois quelques passagers clandestins monter a bord d'un wagon, le temps se fait long. Je fixe quelques instants la scéne, onirisme à l'Américaine. Puis je détourne mon regard, quelque peut hagard, et part m'asseoir devant un vieux secretaire casé dans un coin, prés de la porte d'entrée. Je m'assieds devant une feuille. Il se fait tard, et alors que le commun des mortels part sur son lit sommeiller, je m'empresse de coucher ces mots sur papier.