Et je pousse la porte de cette vieille masure, dans un coin de ce petit village situé au fond d'une profonde vallée encaissée. Je jettes un coup d'oeil sur le battant de l'entrée, peinte d'un vert délavé, avant de me retrouver sur le seuil, à l'interieur de la chaude et acceuillante demeure. Cette institution de la lande, une sorte de passage obligé pour tout voyageur égaré. On y entre, on en foule le sol boisé au son des violons peu à peu étouffé par celui des conversations. Cette grande piece peuplée de gens de divers horizons aux attitudes bigarées. Derriére le comptoir, Maisie sers pintes et dernier ragots bien frais, que les voyageurs s'empresseront de répandre aux quatres coins du conté. Au mur, à coté des bouteilles alignées, est accrochée une vieille affiche jaunie, plaidant pour une Irlande libre. L'endroit respire la nostalgie et la gloire des combats passés. De cette époque ou la suprématie Britannique, cette 'légitime oppression' s'étendait encore jusque dans ces contrées reculées, dans ces plaines d'herbe sauvage, roussie, desertes. Quand Londonderry n'était pas encore un simple poste frontiére, passage obligé sur les routes du nord. Lorsque les temps étaient durs, mais quand la certitude d'un monde meilleur était encore à portée. Le claquement d'une porte violement refermée retentit derriére moi, chassant ces pensées de mon esprit comme on chasse la fumée d'une cigarette. Les cris de la serveuse qui m'invite à m'asseoir. L'assistance qui jette un regard furtif sur le nouveau venu. Puis le tumulte des conversations qui reprend, et l'on entend à nouveau le raclement des verres sur les tables. Je m'assieds dans un coin et contemples, à travers une étroite fenêtre à proximité, ce paysage vierge, s'étendant à perte de vue. Et alors que le violon se fait à nouveau entendre, le vent, au dehors, secoue violemment la lande garante des ___________________________________________________passions et des combats passés.