Le claquement regulier de ses pas sur le parquet me sortit de ma douce torpeur, à mesure qu'il trouvait écho sur les murs de cette large piéce. Clac, clac, clac. Ce bruit, qui dans un environement normal aurait été presque inaudible, se faisait assourdissant dans l'immense piéce dont le silence était coutumier. Cela fesait à peine quelques minutes qu'il venait de troubler le silence quasi-sacré de l'endroit et pourtant ce bruit ne cessait d'amplifier. Son furtif écho emplit toute la piéce, se repercutant sur les grandes étagéres de bois massif, caressant la reliure de chacun des vieux livres qui y étaient entassés. Devenant brusque, agressif et sourd, ricochant violement sur toute la surface de la pièce, du sol au plafond, le claquement résonna une derniére fois.
Puis il s'éloigna.
J'avais à nouveau expérimenté le trouble. Ce dérangement, aussi insinifiant puisse-t'il paraître, était venu modifier le cours de ma journée codifiée. J'avais fait ce premier geste, avait relevé la tête, les sens aiguisés, dans l'unique but d'identifier la source de mon trouble. Cette simple opération qui, au premier abord, peut sembler banale, avait necessité au moins deux de mes sens. Tout deux anesthésiés. J'avais mobilisé ma conscience et rassemblé mes forces pour identifier l'intrus sonore.
Mes paupiéres battirent deux fois de suite, ma vue passant du flou au net. Mes idées se firent précises elles aussi. Je prenais alors conscience de ma présence ici, dans cette piéce éternelle. La lumiére filtrait à travers les fenêtres, illuminant de son éclat les poussiéres suspendues en l'air. Cela fesait bien des années que j'était assis à cette table, devant cette feuille, où figurait un seul et unique mot recopié à l'infini.