Les verres s'entrechoquent. Le bruit trouve écho sur les murs de cette pièce exigüe. L'échange intense, enjoué, excessif, se fait dense au point d'en devenir quasiment palpable. Chacun se nourrit de l'exubérance de la personnalité de l'autre. La proximité s'installe, les langues se délient. Les gorges se libèrent et déclament fièrement, et bien haut, une série, un enchainement d'idées plus ou moins pertinentes mais accueillies avec un enthousiasme certain par l'assistance. C'est l'explosion de joie, de bonheur, la déflagration causée par l'étincelle qui anime chacun. Le ton monte, la joie jusqu'alors contenue éclate et toutes les barricades dressées par les résidus de l'éducation décadente volent en éclat. C'est le déchainement, l'expression d'un bonheur, d'une joie trop longtemps contenue. Les digues cèdent. Une déflagration puissante, un déchainement des passions qui vient enflammer le c½ur de chacun. On vit une expérience unique, c'est l'échec du désespoir. On tire une force libératrice, une énergie inépuisable de la source des milles bonheurs. On prend conscience pour la première fois de la violence de la plénitude. Elle nous percute de plein fouet. Les visages illuminés se font substitut d'un soleil depuis longtemps couché.
L'existence est alors teintée des couleurs bienveillantes.
L'un fume, l'autre boit, il parle, elle rit.
Apologie de la vie.